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mercredi 24 décembre 2014

Voyage en terre inconnue : les chutes d'Iguazu

La madre est bien arrivée en Argentine ! Après avoir goûté et adoré le maté et l'asado, nous sommes parties pour une nouvelle aventure, les Chutes d'Iguazu ! Voici notre récit à 4 mains :

1er jour, 1er asado
Le traditionnel maté

Après 14h de bus et une charmante escale dans la ville de Corrientes, nous repartons pour 12h de route direction Puerto Iguazu. Les paysages changent peu à peu, nous passons des grandes plaines du centre de l'Argentine à des vallons de pins puis à la terre rouge contrastant avec la verdure luxuriante de la forêt tropicale. À chaque escale (et dieu sait que le car s'est souvent arrêté !), nous sentons la chaleur et l'humidité monter, monter, monter... 

On the road again

À la gare routière d'Iguazu, le charmant Daniel nous attend, chauffeur officiel de la chambre d'hôtes Los Tangueros (les danseurs de tango). Marie, la gérante, nous accueille, une française adorable, installée en Argentine depuis 9 ans, et qui bénéficie de la publicité bien méritée du guide du routard pour son établissement. Même si les bus argentins sont assez confortables, nous apprécions une nuit dans un vrai lit !
Marie, notre hôte, et Daniel, notre chauffeur
Le jardin de Los Tangueros, notre chambre d'hôtes

Nous partons tôt à la découverte des 275 chutes d'Iguazu du côté brésilien. Et là, nous avions beau avoir été prévenues, le spectacle nous coupe le souffle. Des kilomètres de chutes vertigineuses au milieu de la forêt tropicale. Le côté brésilien offre une vue d'ensemble puisqu'il se situe en face des chutes, séparé du côté argentin par le fleuve Iguazu. 

Les chutes côté brésilien 


Les passerelles nous emmènent au plus près des chutes gargantuesques, au point que nous nous retrouvons sous un brumisateur géant ! Es espectacular ! Boutiques de souvenirs et restaurants sont au bord de l'eau, les hélicoptères passent au dessus de nos têtes toute la matinée, le côté brésilien est quand même très marqué par l'Homme.

L'après-midi, nous visitons le parc aux oiseaux situés à côté. Des centaines d'oiseaux exotiques de toutes les couleurs et plus bavards les uns que les autres sont au milieu de la forêt tropicale. C'est nous qui entrons dans les volières, ce qui permet de mieux profiter du spectacle. On sent que les oiseaux profitent également du spectacle des visiteurs. Toucans, perroquets rouges et jaunes, aras bleus, les plus belles espèces étaient présentes et nous ont fait leur show.


Les fleurs exotiques nous fascinent aussi par leurs tailles et leurs couleurs. En prime, nous avons eu droit à la pluie tropicale, la douche comme on aimerait avoir dans notre salle de bain, mais version naturelle ! Nous repassons la frontière brésilo-argentine pour rejoindre notre chambre d'hôtes et dormir avec en fond sonore, les bruits des animaux du magnifique jardin tropical de Marie.



Le lendemain, réveil matinal car la visite des chutes du côté argentin est beaucoup plus longue que du côté brésilien. La pluie de la veille a fait descendre la température, qui était idéale pour une journée de marche ! Jour de chance pour nous et tous les visiteurs du parc car la passerelle qui mène aux chutes les plus importantes, qui avait été emportée par les crues il y a quelques mois, réouvre ce jour-là ! En attendant le train qui va nous mener aux Gorges du Diable (Aïe Aïe Aïe !), nous faisons la connaissance des coatis, cousins éloignés du raton-laveur, prêts à tout pour chopper un bout de nourriture. Non agressifs mais très insistants (la pizza de notre voisin en a fait les frais !).


Le petit train nous dépose au pied d'une passerelle de plusieurs kilomètres de long, passant au-dessus des rivières et au milieu de la forêt. Là, nous voyons sous nos pieds un caïman faisant la sieste au soleil, une tortue sur un rocher au milieu du courant, un serpent dans les arbres juste à côté de nous (au secours !!!), et d'autres bestioles dont nous ne connaissons même pas le nom. Le vrai dépaysement !


Après plusieurs minutes de marche au milieu de cet environnement magnifique, nous arrivons au-dessus de la plus grande chute d'Iguazu avec ses 90m de haut, la Gorge du Diable ! La passerelle est petite, il y a beaucoup de monde (même la télévision brésilienne !) mais nous patientons pour atteindre la barrière pour nous retrouver au-dessus du précipice grondant et gigantesque. Nous pensions avoir tout vue côté brésilien, mais là, nous sommes scotchées ! Le spectacle est magique, les forces de la nature sont impressionnantes et nous laissent sans voix ! Devant nous, un El Dorado s'ouvre, des nuées d'oiseaux traversant les chutes, l'eau s'écrasant des mètres plus bas dans une explosion tonitruante, les parois rocheuses couvertes des plus beaux murs végétaux jamais créés. Les heures de bus et d'avion disparaissent face à ce paysage unique. Une des sept merveilles de la nature (nous vous laissons chercher les 6 autres) classées au patrimoine mondial de l'UNESCO !




Cette expérience nous a donné faim, alors après un repas "léger" (buffet et grillades à volontés pour 9€/personne, viva le boeuf argentin !), nous reprenons le chemin des passerelles qui se faufilent au milieu de la forêt le long des 3km que forment les chutes. 

"Petit" asado de restaurant
L'ensemble des cascades déverse jusqu'à six millions de litres d'eau par seconde ! Nous les voyons d'en-haut, d'en-bas, de profil... Toutes les vues sont magnifiques et la carte mémoire de l'appareil photo est vite saturée !



Lucile, voulant voir ça d'encore plus près, se lance en bateau jusqu'aux chutes et passe sous l'une d'elle, sensations garanties !


À 18h, nous nous résignons à quitter le parc, non sans avoir dévaliser les stands des indiens Guarani, qui malheureusement ne récoltent que quelques miettes de ce grand site commercial et touristique. Daniel le chauffeur est là, fidèle au poste, et nous ramène à Los Tangueros où nous tombons de fatigue après cette journée intense en découvertes et en émotions.  




Mardi 23, nous nous rendons à l'endroit dit des 3 frontières : un lieu où l'Argentine, le Paraguay et le Brésil se touchent presque, séparés par les fleuves Iguazu et Parana. 

Buenos Aires vue du ciel
Après cette escale, nous mettons le cap sur l'aéroport pour rentrer à Cordoba. 3h30 d'avion avec escale d'une heure à Buenos Aires contre 26h de bus à l'allé, mais le prix n'est pas le même !


L'aventure continue, suite au prochain épisode...


Federica y Lulu (prononcez Loulou)

samedi 13 décembre 2014

C'est les vacances de Noël ET d'été !

Le 4 décembre dernier était officiellement le premier jour de mes grandes vacances ! Après avoir brillamment réussi tous mes examens (en même temps ce n'était pas bien difficile, le fait de mettre mon nom à consonance étrangère sur la feuille me valait déjà un 6/10 minimum, sinon il n'y a aucun favoritisme dans cette fac), j'entame donc une période de 3 mois de vacances, et oui rien que ça. Tout est inversé dans l'hémisphère sud, l'eau s'évacue dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, le vent du nord est chaud et celui du sud est froid, l'hiver est en été et l'été en hiver, Noël est en juillet et le 14 juillet en décembre... Non je rigole ! (pour le dernier seulement).

Un groupe que je ne suis pas prête d'oublier !


40° + piscine + amies incroyables = bonheur !
L'été commence bel et bien en Argentine et il se fait sentir ! Le temps est plutôt fou d'ailleurs, on peut passer à plus de 40° pour redescendre à 16° le jour d'après, c'est plutôt destabilisant. Mais dans l'ensemble il fait quand même chaud, très chaud, assez chaud pour se réfugier chez n'importe quel ami disposant d'une piscine. Mais qui dit vacances dit aussi départ. Étant une des seules étudiantes étrangères de mon université à rester pour un an, je subis depuis 2 semaines le départ un an un de mes compagnons de route durant ce premier semestre. Ces personnes incroyables qui sont devenus des amis en l'espace de quelques mois. On a vécu tellement d'aventures intenses ensembles que ça m'a donné un peu la même impression qu'en colo. On se fait rapidement beaucoup d'amis, on tisse des liens très forts et de jours au lendemain, tout le monde s'en va... C'est assez dur sur le coup de se retrouver seule après autant de temps passer avec eux. Mais aujourd'hui je peux dire que j'ai des amis dans le monde entier que j'espère pouvoir visiter un jour. Et le plus important, je peux désormais compter sur 3 belles françaises qui seront là à mon retour, et ça ça n'a pas de prix ! 

Mes 3 françaises préférées qui me manquent déjà !

Donc mis à part les grandes vacances et le départ de tous mes amis, c'est également la période de Noël ! une période de l'année qui a tendance à me rendre très joyeuse et enfantine avec l'ambiance des marchés de Noël, du sapin à décorer, des cadeaux à faire, du froid et de la neige. Mais en Argentine, l'ambiance est complètement différente, et j'avoue que je ne m'y retrouve pas vraiment. Même si les traditions restes les mêmes, j'ai du mal à sentir l'ambiance de cette fête lorsque je vois un Père Noël en short et en t-shirt, un sapin fait en câble électrique ou lorsque je rentre dans un centre commerciale avec la clim et les chants de Noël à fond alors qu'il fait 45° dehors. C'est également la période la plus dangereuse en Argentine d'après ce que les locaux m'ont dit. La situation économique étant très instable comme vous le savez, les familles n'ont plus les moyens de fêter Noël comme avant, avec profusion de nourriture et de cadeau. Le taux de vols et d'agressions augmentent donc considérablement durant cette période de l'année. De quoi réchauffer nos coeur... Noël en été, loin de ma famille et de mes amis, ce n'est pas vraiment Noël à mes yeux. Même si je ne regrettes pas une seconde d'être venue en Argentine, j'aurai aimé avoir les moyens de rentrer à la maison pour 2 ou 3 semaines, d'être chez mes grands-parents buvant du champagne et mangeant du foie gras au coin de la cheminée alors qu'il neige dehors. C'est très cliché je sais mais ce n'est que quand on se retrouve loin de chez soi qu'on se rend compte que ça nous manque !

Le sapin de la Place d'Espagne à Cordoba, plutôt jolie mais pas de quoi impressionner une européenne...


Malgré cette nostalgie de Noël et de l'hiver français, j'ai quand même hâte de voir comment les argentins célèbrent cette fête. Et puis je ne serais pas si loin de ma famille car ma mamounette viens me rejoindre lundi !!! J'ai vraiment hâte de la voir et de lui montrer mon quotidien ici. On va donc fêter le 24 avec ma famille d'accueil dans la maison du fils de ma mère d'accueil. Apparemment ça serait plutôt ambiance piscine et asado que bonhomme de neige et buche de Noël. On a prévu de faire un plat et un dessert français avec ma mère, histoire d'apporter notre petite touche. Par contre pour les cadeaux, ça s'annonce compliqué vu le budget serré !

Les paysages de Mendoza

Pendant que ma mère sera là, on va en profiter pour voyager un peu et découvrir l'Argentine. On va donc se rendre aux fameuses chutes d'Iguazu, un lieu apparemment grandiose à la frontière du Brésil. Et pour le nouvelle an, on sera dans la Cordillère des Andes à Mendoza, buvant le meilleur vin Argentin en admirant l'Aconcagua ! Bien sûr je vous raconterais ces aventures plus en détails. Pour ma part, je terminerais mes grandes vacances en parcourant le Pérou, la Bolivie, le Brésil et l'Uruguay avec 2 amis français que j'ai rencontré à Cordoba et qui étudient dans une autre université. Un roadtrip de plus d'un mois et demi que j'ai vraiment hâte de vivre et de vous raconter !

Les chutes d'Iguazu



Bisous pleins de chaleur et bonnes fêtes !
Lulu


jeudi 20 novembre 2014

Cours d'Histoire #1 : La Dictature Militaire

Un peu d'Histoire, ça ne fait pas de mal, et surtout ça aide à comprendre pourquoi l'Argentine en est là aujourd'hui. Je vais commencer par vous raconter une des phases les plus sombres qu'à traversé le pays il n'y a pas si longtemps, entre 1976 et 1983, et qui, aujourd'hui encore, continue de hanter ses habitants.

Un des présidents les plus célèbres d'Argentine s'appelle Juan Domingo Perón, connu pour avoir amélioré les conditions de travail des ouvriers et pour sa femme devenue une légende, Eva Perón, morte à 33 ans d'un cancer.  Après la mort de sa femme adorée, Monsieur s'est remarié, et après être lui-même décédé, c'est sa nouvelle femme, María Estela Martínez de Perón, qui a pris le pouvoir. Première Présidente féminine de l'Histoire, elle n'était malheureusement pas très efficace et s'est faite rapidement éjecter le 24 mars 1976 lors d'un coup d'État mené par un groupe de militaires de droite. Leur objectif était d'en finir avec les communistes et les "subversifs", c'est-à-dire ceux qui s'opposaient au gouvernement, que ce soit de manière violente ou pacifique. Ils ont donc mis en place un Processus de Réorganisation Nacional, en clair un véritable Terrorisme d'État pour chasser et tuer tous les opposants. Les militaires interdisaient tout type de protestation social et ont transformé la structure économique du pays afin que cela bénéficie à l'élite et, bien sûr, pour pénaliser les ouvriers et la classe populaire en générale. Les militaires avaient un plan définit en quatre étape : séquestration, torture, détention et désaparition. Avec ce plan, ils ont violé les droits de l'Homme en séquestrant toutes les personnes qui s'opposaient à leur gouvernement, en tuant des milliers d'innocents et ils en sont même arrivés au point de voler les bébés des opposants pour les donner à des familles de militaire, "convenables" et "capables de les éduquer comme il faut". Les militaires se déguisaient en civil pour aller arrêter les opposants chez eux ou dans la rues. Il les emmenaient ensuite dans des centres de détentions illégales où ils les torturaient pour avoir des informations sur les groupes d'opposants, et finissaient généralement par les tuer et les enterrer dans des fosses communes. 

Des militaires enlevants un "subversifs"

La Dictature s'est terminé en 1983, suite à la guerre des Malouines. Le Royaume Uni et l'Argentine se disputaient ces îles dans le Sud du Pacifique. Après une guerre courte mais sanglantes, c'est Le Royaume Uni qui l'emporte, laissant le gouvernement militaire affaibli. Finalement (je vous la fait courte car moi même je n'ai pas tout compris à cette partie là de l'Histoire), les militaires n'ont pas eu d'autre choix que de mettre en place des élections pour nommer un nouveau Gouvernement, démocratique (ou presque) cette fois-ci, en octobre 1983.

"Dehors les Anglais de Malouines, nous reviendrons !"

Aujourd'hui encore on ne sait pas exactement combien de victimes il y a eu, mais l'organisme des droits de l'Homme estime qu'il y a eu environ 30.000 morts et des centaines de milliers d'exilés. On est loin des 6 millions de juifs exterminés pendant la Seconde Guerre Mondiale mais quand même, ça fait réfléchir non ? Comment peut-on arriver à de telles violences juste parce que certains ne sont pas d'accord avec les idées du groupe au pouvoir ? J'ai été assez choqué de cette partie de l'Histoire, dont je n'avais jamais entendu parler. C'est vrai ça, il y a eu un véritable génocide et personne n'en parle ailleurs dans le monde. Avant de venir en Argentine je n'étais pas du tout au courant de ce qu'il c'était passé il y a moins de 40 ans. À l'école on nous rabâche chaque année l'Histoire de la première et seconde guerre mondiale, et en cours d'Espagnol la dictature de Franco, mais ce genre de conflit n'est-il pas tout autant important à connaître pour avoir une vision plus précise et plus réaliste du monde dans lequel nous vivons ? J'en ai parlé à mes parents et grands-parents et ils m'ont dit que pendant la dictature et un peu après ils en parlaient dans les médias, mais aujourd'hui plus rien. Les nouvelles générations comme moi ne sont pas du tout au courant de ce qu'il s'est passé en Argentine. Ba non c'est trop loin et c'est le tiers monde alors ça intéresse pas l'éducation nationale vous voyez...

J'ai été également choquée de voir comment les Argentins transmettent cette partie de leur histoire aux futurs générations. Dans le cadre d'un de mes cours, je suis allée visiter un centre de détention près de Córdoba, La Perla. À part une frise chronologiques et des portraits des victimes, le centre est vide. Les guides, fils et filles de disparus, racontent l'Histoire d'un point de vue très subjectifs sans jamais aborder le thème de la torture. En gros, ils ne racontent pas réellement ce qu'il s'est passé et ne le montre pas non plus. Je comprend que c'est dur pour eux de revivre cette phase sombre de l'histoire mais si personne le fait, qu'est-ce qui empêchera que cela recommence ? Pour moi c'est en affrontant le passé qu'on apprend de ses erreurs et qu'on évite de les commettre de nouveau. 


Dortoir de La Perla

Il n'est pas rare également qu'en regardant les infos, on voit une grand-mère retrouver son fils, bébé disparu durant la dictature militaire. Les mères et grands-mères dont on a enlevé les enfants ont crée une association, "Madres y abuelas de Plaza de Mayo" (Mères et grands-mères de la place de Mai), le nom venant du fait qu'elle se réunissaient sur la place en face de la maison du gouvernement à Buenos Aires. N'ayant pas le droit de manifester, elles se contentaient de marcher en rond autour de cette place pour signifier leur portestation. Elles ont également crée une banque d'ADN afin de recenser tous les ADN des mères et enfants disparus. C'est grâce à cette banque que, sur les 500 enfants enlevés pendant la dictature, 107 ont pu être retrouvés. La plupart disent qu'ils n'étaient pas au courant d'avoir été enlevés, la famille dans laquelle ils ont grandit les ayant élevé dans le mensonge. Un documentaire très intéressant en français, Argentine, les 500 bébés volés de la dictature, dénonce assez bien ce passage de l'histoire Argentine, si vous avez le temps, ça vaut le détour.

Grands-mères de la place de Mai - "Où sont les centaines de bébés nés en captivités?"

C'est aussi dans ce contexte politique qu'a eu lieu la coupe du monde de football en 1978 en Argentine, dont les grands vainqueurs ont été... les Argentins ! Une belle manipulation de la part des militaires pour focaliser l'attention du pays et du monde entier sur cet événement sportif, et non sur ce qu'il se passait réellement dans le pays. Heureusement, il y avait quelques groupes assez lucide pour s'opposer à cet événement et lancer une campagne de boycott de la coupe du monde de 1978. Mais le football est tellement important aux yeux des Argentins qu'il était difficile de les convaincre de boycotter un tel événement... 
Tag disant "Derrière le football, les objets de torture" (dur à traduire le mot picana...)

La Dictature Militaire est donc un passé encore très présent dans l'esprit et la vie des Argentins. Des procès pour juger les chefs militaires sont encore en cours et d'autres n'ont même pas encore été ouverts. Toute cette histoire a laissé un plaie profonde dans le coeur des Argentins qui n'est pas encore prête à se refermer. 



Témoignages de survivants du camp de La Perla


"Nous vivions aves les yeux bandés et, au début, avec les mains attachées, menottés. Nous étions en permanence allongés sur des matelas de paille. Nous ne pouvions ni parler ni bouger. La Perla était en général remplie de séquestrés. Chacun de nous, malgré le peu de distance qui nous séparait les uns des autres, vivions complètement isolés. L'isolement produit la solitude, l'angoisse, l'anxiété. Les pensées positives disparaissent, celles qui permettent d'agir, de changer la situation actuelle. L'isolement faisait de nos geôliers nos seuls interlocuteurs, leur donnant ainsi encore plus de pouvoir." - Piero Di Monti

"Une fois j'ai trouvé, dans la salle des douches, un magazine en espagnol mais d'origine allemande, dans lequel il y avait une analyse scientifique des résultats psychiques obtenus si la torture psychique et physique étaient combinées. Il y avait un diagramme du cerveau, avec des cercles montrant les différentes zones psychiques, où l'on pouvait clairement voir les différentes étapes par laquelle passe la personne torturée. Il y avait une mention spéciale sur la nécessité de bander les yeux de la victime. C'était une étude des méthodes appliquées durant l'Allemagne Nazi." - Liliane Callizo

"Le matin suivant je fus de nouveau emmené dans les bureaux où, après m'avoir enlevé le bandeau que j'avais sur les yeux, un homme s'est présenté en me disant plus ou moins textuellement : "Bonjour ! Je m'appelle Luis et j'appartiens à la très glorieuse et invincible armée Argentine ! Tu n'es pas détenu ici légalement mais plutôt séquestré, disparu. Ici il n'y a pas d'avocat ni rien qui puisse t'aider ! Nous sommes maintenant les gardiens de ta vie." Il s'agissait de Luis Manzanelli, alias "Luis" ou "Piazze", le sergent adjoint de l'armée." - Héctor Kunzmann

"Un sujet de conversation récurrent entre les femmes était l'angoisse de ne pas connaître le sors de ses enfants. Mirta, durant tout le temps de sa séquestration, n'a pas quitté la photo de Bruno (son fils), qui était seul et abandonné. Avec Nelly (une autre détenue), elles avaient conçues un cadeau pour la fête des mères. Mirta avait réussi à voler du papier et des crayons dans les bureaux où on l'avait envoyé laver le sang des autres détenus torturés. Nelly avait écrit une carte pour chacune des détenues avec le nom de ses enfants et une phrase de réconfort."  - Mirta Iriondo

lundi 17 novembre 2014

Confessions intimes #1

Je n'ai pas été très présente ces derniers temps pour vous raconter mes aventures car c'était la période de partiel à l'université donc pas mal de boulot et plus trop de temps libre. Et puis le temps passe tellement vite que je n'ai même pas le temps de vous raconter ce qui m'arrive au fur et à mesure !

Bref on va donc revenir un bon mois en arrière, même plus, on va dire début octobre. Cette période là a été assez difficile pour moi car, après avoir passé la période d'excitation et de découverte de la ville, du pays, de la langue et de la culture, le temps de la nostalgie et de la désillusion est arrivé. J'ai passé deux bonnes semaines dans un état d'esprit plutôt négatif, à voir tous les mauvais côtés de l'Argentine et à regretter tous les bons côtés de ma chère France. Tout d'un coup je ne voyais plus le soleil et la bonne humeur des Argentins mais seulement les vols à répétition dans la rue et l'économie en chute libre, les transports en communs inefficaces et les queues à l'infini pour faire la moindre démarche administrative. Je regrettais cruellement mon lit en France, les bons petits plats de ma maman et ma vie à Lyon. J'avais aussi l'impression de ne plus progresser en espagnol, voir même de régresser et cela m'a fortement agacé pendant un moment. Je n'arrivais pas à m'adapter au rythme de vie de ma famille d'accueil. En tant qu'étudiante à l'étranger, les sorties le soir sont assez fréquentes et j'avais toujours l'impression de déranger ma famille en rentrant tard. La petite de 3 ans qui partage la chambre avec sa mère juste à côté de la mienne a également été un problème pour moi au début. Je n'arrivais pas à me faire à ses cris ou ses pleurs le matin, ni même les soirs en semaine quand elle se couche plus tard que moi (bon ça je n'ai toujours pas compris d'ailleurs). 

J'étais tout simplement en train de passer dans la phase d'adaptation, celle qui vient juste après la "lune de miel" quand tout est tout beau et tout rose. Plutôt difficile donc de trouver ses repères dans un pays, une villes, une famille et une culture qui n'est pas la sienne. C'est à ce moment là aussi que je me suis rapprochée des 3 françaises qui sont en échange dans la même université que moi. Sûrement car j'avais besoin d'un repère, de quelque chose de familier auquel me raccrocher pour me rassurer. Et ça a bien marché. On est devenues amies et, même si ça ne m'aide pas à parler espagnol, ça m'a beaucoup aidé pour trouver mes repères et me stabiliser dans cette nouvelle vie qui est aujourd'hui la mienne, en Argentine. 

Aujourd'hui, je me sens bien et je suis à l'aise dans ma famille. J'ai trouvé ces repères qui me manquait et j'arrive à profiter de chaque jours ici. J'arrive aussi à faire la part des choses, à réaliser que j'ai de la chance de vivre cette aventure mais aussi à voir à quel point le pays va mal comparé à la France. Aujourd'hui, je pleurs pour mes amies françaises qui, ne restant qu'un semestre, s'en vont dans quelques jours, mais je me réjouis en voyant les grandes vacances approcher à grand pas (oui je suis en vacances d'été de décembre à février) et ma mère qui va arriver mi-décembre. Je suis toute excitée à l'idée de voyager encore plus loin que les limites de l'Argentine et aussi de découvrir le nouveau groupe d'étudiants étrangers qui va arriver pour le deuxième semestre.

Cette année a apporté et apportera encore beaucoup de changements, et je sens que ça va énormément m'aider à grandir, à réfléchir et à voir les choses sous un autre angle. Je m'enrichis chaque jours de l'expérience que je vis ici et ça, je le dois à ma famille qui m'a soutenu et beaucoup aidé pour me permettre de venir en Argentine. Je ne pourrais jamais assez vous remercier pour ça...